TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 30 avril 2003 |
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Jean-Marie Auger, MD, CMFC
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| Objectif Déterminer l’association entre la consommation de café pendant la grossesse et le risque de mortalité fœtale et de décès durant la première année de vie. Conception Étude de cohorte prospective. Contexte Hôpital universitaire d’Aarhus, au Danemark, de 1989 à 1996. Participants |
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| «Combien de cafés buvez-vous par jour ? », demandons-nous aux femmes enceintes qui se présentent dans notre cabinet pour leur suivi de grossesse. Mais comment réagir selon la réponse ? Comme la consommation de café fait partie des habitudes de vie d’un bon nombre de femmes enceintes, une étude sur l’effet de la caféine m’a donc paru très pertinente. On a déjà montré chez l’animal un risque de mort fœtale in utero associé à l’exposition chronique à la caféine
1. Chez l’humain, l’exposition à la caféine durant la grossesse a été associée à une augmentation des risques d’avortement spontané et à des retards de croissance intra-utérine
2. La présente étude met en lumière des effets délétères possibles de la consommation de café pendant la grossesse. Le risque de mort fœtale doublerait au moins si on compare celles qui boivent huit cafés ou plus par jour et celles qui n’en boivent pas du tout. Une étude de cohorte prospective est le plan de recherche le plus robuste pour évaluer une association entre deux facteurs quand, comme ici, une étude expérimentale (un essai randomisé) n’est pas possible. Entre autres, le biais de mémoire sélective (les mères dont l’enfant est mort qui surestiment leur consommation de café) est éliminé. Toutefois, certains autres biais potentiels doivent être soulignés. Ainsi, un biais de sélection est possible, car, parmi les femmes admissibles qui avaient répondu au premier questionnaire avant le rendez-vous de prise en charge, 73 % de celles qui ont répondu au second questionnaire à la 16e semaine de grossesse ont effectivement participé à l’étude. Les auteurs notent que les femmes qui n’ont pas répondu avaient un profil de risque différent de celles qui ont participé, mais ils précisent qu’ils ne croient pas que l’association puisse être différente chez les femmes qui n’ont pas répondu. Néanmoins, il n’y a pas plus de raisons de croire le contraire non plus... Il m’aurait paru intéressant que l’on tienne compte d’autres sources de caféine, telles que le thé, le chocolat ou le cola, mais les auteurs notent que cette consommation était marginale dans la population étudiée. J’ai remarqué aussi que l’on mesurait la consommation en tasses de café bues (environ 100 mg de caféine), mais que la quantité et la « force » réelle de la tasse ne semblent pas avoir été mesurées. Autre interrogation : après 16 semaines de grossesse (dernière collecte de données pour cette étude) qu’advenait-il de la prise de caféine ? Variait-elle de façon significative ? Il eût été préférable d’établir une collecte de données sériée pendant la grossesse, mais cela aurait été plus ardu, au risque de restreindre encore la proportion de participantes donnant une information complète. Par ailleurs, la mesure des décès a été validée à l’aide de deux sources différentes, soit les registres de l’établissement et ceux de l’État. Le nombre de morts fœtales in utero chez les grandes consommatrices de café (huit cafés ou plus par jour) n’a été que de 11, un bien petit nombre pour une étude portant sur 18 478 grossesses. Mais ces grandes consommatrices ne constituaient que 5 % (950) de la cohorte, ce qui représente probablement assez bien leur proportion dans notre population. Cela explique les intervalles de confiance assez larges autour des estimations. Par ailleurs, le fait qu’il y ait une progression du nombre de morts fœtales en fonction du nombre de cafés bus par jour ajoute une certaine robustesse aux résultats (effet dose-réponse). À titre d’exemple, le risque de mort fœtale était 1,5 fois 3 plus grand avec la consommation de quatre à sept cafés par jour et un peu plus du double avec huit cafés ou plus par jour, comparativement aux femmes qui ne prenaient pas du tout de café. Les auteurs ont pris soin, à juste titre, d’ajuster les résultats selon plusieurs variables, dont la consommation d’alcool et le tabagisme. Ainsi, l’augmentation du nombre de décès d’enfants dans leur première année de vie perdait sa signification statistique après cet ajustement. Rappelons que la puissance de l’étude est limitée du fait du petit nombre de grandes consommatrices de café. Un lien de causalité peut-il être établi entre la consommation de café et la mortalité in utero au cours du troisième trimestre ? Les résultats de cette étude s’inscrivent bien dans ce qui avait été mis en évidence dans des études antérieures sur les avortements du premier trimestre, les retards de croissance intra-utérine et la prématurité. La caféine fait augmenter les taux de catécholamines, ce qui peut occasionner une vasoconstriction du système utéro-placentaire. De plus, elle a un effet sur le rythme cardiaque (tachycardie ou même arythmie). Donc, plusieurs critères de causalité semblent satisfaits : temporalité (la cause précède l’effet), force de l’association, effet dose-réponse, plausibilité sur le plan physiopathologique, modèle animal. Nous avons déjà des données probantes pour conseiller à nos patientes enceintes de limiter l’usage des drogues, du tabac et de l’alcool pendant la grossesse. À la lumière des connaissances actuelles, il semble que nous puissions également les appeler à la prudence en ce qui a trait à leur consommation de caféine. RÉFÉRENCES
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TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 30 avril 2003 |