TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 19 mars 2003 |
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Chantal Marquis, MD
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| Objectif Évaluer si la prise de contraceptifs oraux (CO) par les adolescentes est associée à un changement des paramètres corporels, tels que le poids, l’indice de masse corporelle [IMC], le pourcentage de graisse corporelle, le profil lipidique et la tension artérielle. Conception Étude de cohorte prospective. Contexte The Penn State Young Women’s Health Study, menée de 1990 à 1999 dans une école publique de Pennsylvanie. Participantes Principales mesures des résultats Résultats |
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| Aux États-Unis, les deux tiers des jeunes filles de 16 ans sont actives sexuellement. Pourtant, seulement 46 % d’entre elles utilisent des CO. Quatre femmes sur 10 affirment que la principale raison de cesser la prise de CO ou de l’éviter est la crainte d’un gain pondéral
1. Cette croyance pourrait être à l’origine d’un bon nombre de grossesses non désirées, surtout chez les adolescentes. Sur le plan théorique, une stimulation de l’appétit due à un effet androgénique du CO est plausible durant les premiers mois d’utilisation, mais cet effet disparaît habituellement à long terme. Une rétention hydrosodée chez les femmes sensibles aux œstrogènes pourrait aussi être en cause. Cette hypothèse sera particulièrement d’actualité au cours de la prochaine année, car un nouveau contraceptif nommé Yasmin devrait être mis sur le marché au Canada. Ce produit, possédant des propriétés antiminéralocorticoïdes, aurait la faculté de diminuer la rétention hydrosodée et donnerait une impression (erronée) de perte de poids 1. Ainsi, le gain pondéral associé aux CO est-il réel ? La présente étude tente de répondre à cette question. Cette étude prospective a été menée auprès d’une cohorte composée uniquement d’adolescentes suivie régulièrement sur une période prolongée. La population étudiée – des étudiantes de race blanche d’une école publique nord-américaine – est comparable à la nôtre. Rappelons toutefois que ces participantes qui ont terminé l’étude selon les règles sont certainement différentes de la population générale. L’étude présente de nombreux problèmes méthodologiques qui en limitent la valeur. Les auteurs nous présentent certaines caractéristiques des utilisatrices et des non-utilisatrices de CO à 21 ans. Les deux groupes affichent des différences ; en effet, l’IMC est légèrement inférieur chez les utilisatrices de CO et, paradoxalement, elles sont moins actives physiquement. On a tenté de réduire les effets des différences entre les groupes en ajustant pour l’IMC à 12,5 ans et pour le score d’activité physique, mais un biais pour d’autres facteurs non mesurés (les habitudes alimentaires, la consommation de tabac, d’alcool et de drogues, les antécédents familiaux) est possible. Le petit nombre de participantes limite la précision des estimations, mais une faille importante est la forte proportion de femmes perdues de vue (30 % ; 34/112), qui a pu biaiser les résultats. De plus, l’exclusion de huit patientes qui ont cessé rapidement de prendre leur CO – soit 10 % de la cohorte de 78 femmes suivies – est préoccupante. Les raisons de l’arrêt n’ont malheureusement pas été énumérées. Si l’un de ces motifs était la prise de poids, nous nous retrouverions alors devant un biais important. Une autre limite de cette étude est l’absence de données sur le type de CO. Il est seulement mentionné qu’ils sont prescrits à de faibles dosages ; il aurait été souhaitable de discerner le type de progestatif et le dosage d’œstrogènes spécifique qui étaient utilisés. Enfin, les résultats sont difficilement interprétables sur le plan clinique. Les courbes de poids et de pourcentage de graisse corporelle sont illustrées, mais les seules autres données disponibles sont les pentes de régression linéaire des variations temporelles. La différence réelle du profil lipidique et de la TA n’est pas décrite. Cette étude ne nous permet donc pas de statuer sur l’association entre les CO et les facteurs de risque cardiovasculaire chez les adolescentes. Par ailleurs, en dépit du nombre restreint de participantes et des nombreux biais potentiels soulevés, cette étude va dans le même sens que plusieurs autres en ce qui concerne le gain pondéral. Un essai randomisé mené en Amérique latine chez des femmes âgées de 18 à 28 ans a montré l’absence de gain pondéral lors de la prise de CO 2. Une étude polonaise portant sur 815 patientes dont 18,6 % étaient des adolescentes, arrive aux mêmes conclusions 3. Enfin, une dernière étude randomisée et à double insu avec groupe témoin placebo n’a montré aucune association entre les CO et la prise de poids 4. Malgré ses lacunes, cette étude nous apporte un nouvel élément d’information, qui est l’absence de changement du pourcentage de graisse corporelle, ce facteur a été peu étudié dans la documentation médicale jusqu’à présent. Par conséquent, compte tenu de l’ensemble des connaissances actuelles, nous pouvons rassurer les adolescentes qui prennent des CO et qu’un possible gain pondéral ou un éventuel changement de leur apparence corporelle inquiète. RÉFÉRENCES
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TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 19 mars 2003 |