TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 11 décembre 2002

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Quelles sont les applications cliniques de l’ostéodensitométrie qui valent la peine?

Cummings SR, Bates D, Black DM. Clinical use of bone densitometry : Scientific review. 
JAMA, octobre 2002 ; 288 : 1889-97.

Michèle Aubin, MD, MSc, CCMF, FCMF

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Michèle Aubin, MD, MSc, CCMF, FCMF

 

 

Objectif 
Déterminer, à partir des données de la documentation médicale, la valeur de différentes applications cliniques de l’ostéodensitométrie. 

Source des données 
Recherche sur MEDLINE des études ayant porté sur différentes mesures de la densité osseuse et sur la prédiction de fractures. Utilisation des données de la Fondation nationale de l’ostéoporose et des recommandations de la US Preventive Services Task Force. 

Sélection des études 
On a sélectionné les études prospectives, les méta-analyses et les revues systématiques étudiant la relation entre l’ostéodensitométrie et le risque de fracture vertébrale ou de fracture de la hanche. Pour les autres applications cliniques de la mesure de la densité osseuse, on a utilisé les études randomisées sur le traitement pharmacologique des fractures, les études de cohortes et les revues systématiques.

Extraction des données 
Le risque de fracture vertébrale ou de la hanche selon l’âge chez les femmes postménopausées de race blanche ; la précision des différentes techniques de mesure de la densité osseuse ; la valeur des facteurs de risque d’ostéoporose pour prédire le risque de fracture ; l’identification de l’ostéopénie et sa signification selon l’âge ; les indications d’ostéodensitométrie selon la Fondation nationale de l’ostéoporose et la US Preventive Services Task Force ; la valeur de l’ostéodensitométrie selon les différents sites de mesure et le nombre de mesures nécessaires. 

Synthèse des données 
La densité osseuse est un facteur de prédiction de fracture et elle peut être utilisée en association avec l’âge pour estimer le risque absolu de fractures chez les femmes postménopausées de race blanche. La densité osseuse de la hanche prédit mieux les fractures que celle qui est mesurée à d’autres endroits. Les bénéfices du traitement dans la prévention de fractures varient selon le niveau de densité osseuse. Ainsi, les femmes présentant de l’ostéoporose sont plus à risque de développer des fractures et bénéficient davantage du traitement que celles n’ayant pas d’ostéoporose. Les données actuelles chez les hommes et les femmes d’autres races sont insuffisantes pour utiliser la densité osseuse comme facteur de prédiction des fractures. 

Conclusion 
Les guides de pratique basés sur les revues systématiques suggèrent que l’ostéodensitométrie est une mesure valable chez les femmes de race blanche de 65 ans et plus, et possiblement aussi chez les femmes plus jeunes présentant des facteurs de risque d’ostéoporose. Par contre, son utilisation comme mesure de dépistage de l’ostéoporose chez les hommes et chez les femmes d’autres races ou comme méthode de détection des cas d’ostéoporose secondaire à d’autres causes, ou, enfin, comme façon de suivre le changement de densité osseuse après traitement n’a pas encore été suffisamment étudiée pour faire l’objet de recommandations.

 

Jusqu’à récemment, les médecins n’avaient pratiquement pas accès à l’ostéodensitométrie pour dépister et diagnostiquer l’ostéoporose du fait de la rareté des appareils disponibles et le recours à cette technologie était alors limité aux cas particuliers. Depuis quelques années, l’ostéodensitométrie est devenue plus facilement accessible aux cliniciens, ce qui rend très pertinent le questionnement face aux situations cliniques pour lesquelles l’ostéodensitométrie est bien indiquée. C’est donc dans ce contexte que cet article de révision a attiré mon attention. 
L’article fait un rappel intéressant de ce que mesure réellement l’ostéodensitométrie, soit la concentration moyenne de minéraux retrouvés dans l’os en fonction de sa surface. Ainsi, en présence de conditions avec remodelage important de l’os (comme dans l’arthrose, par exemple), il faut se rappeler que la densité osseuse peut paraître plus élevée et la mesure peut alors être surestimée. Les auteurs revoient également les notions de scores Z (nombre d’écarts-types sous ou au-dessus de la densité osseuse moyenne pour une population du même âge) et les scores T (nombre d’écarts-types sous ou au-dessus de la densité osseuse moyenne pour une population de jeunes adultes [de 25 à 45 ans]. Ils indiquent la définition de l’ostéoporose établie par l’Organisation mondiale de la santé, qui est un score T de –2,5 et celle de l’ostéopénie, qui est basée sur un score T situé entre –1,0 et –2,5. 
L’article revoit également les recommandations de la Fondation nationale de l’ostéoporose et de la US Preventive Services Task Force, qui préconisent l’ostéodensitométrie chez toutes les femmes de 65 ans et plus et chez les plus jeunes présentant un ou des facteurs de risque d’ostéoporose (antécédents familiaux de fracture de la hanche, tabagisme, faible poids (< 57,2 kg), prise de corticostéroïdes systémiques depuis plus de trois mois ou maladies chroniques pouvant augmenter le risque de fracture, comme l’hyperthyroïdie ou la malabsorption). 
La principale lacune de cet article est le peu (voire l’absence !) de renseignements fournis dans la section méthodologie, ce qui nous empêche de nous faire une idée juste de sa validité. En effet, les auteurs n’ont pas mentionné combien d’articles ils ont retenus pour leur article de révision et, en dehors du type d’études recherchées, qui est bien indiqué, ils n’ont pas donné les critères de sélection des articles ni les éléments sur lesquels ils se sont fondés pour en évaluer la validité. De plus, ils réalisent une méta-analyse pour évaluer la relation entre le site de mesure de la densité osseuse et le risque de fracture (voir tableau), mais sans nous présenter les résultats individuels des études retenues, la taille de leur échantillon ou leurs forces et faiblesses respectives. On ne sait pas non plus si des différences entre les études ont été trouvées. Certains calculs sont même basés sur des données non publiées, ce qui nous empêche de vérifier la validité de leurs sources. Bien qu’il annonce une question clinique précise concernant la valeur de l’ostéodensitométrie pour prédire le risque de fracture, cet article traite de plusieurs sous-thèmes associés à cette technique et il ressemble donc davantage à un article de formation qu’à un article de révision. Par contre, les auteurs ont déjà publié plusieurs études sur le diagnostic et le traitement de l’ostéoporose et ils semblent être des experts dans ce domaine.
Quoi qu’il en soit, cet article permet de réviser certaines notions entourant l’utilisation de l’ostéodensitométrie dans la pratique. Je retiens que certains organismes recommandent le recours à cette technologie comme test de dépistage chez les femmes de 65 ans et plus et chez les plus jeunes à risque d’ostéoporose. Cela semble logique puisqu’il existe maintenant un test, qu’il permet d’identifier les gens qui sont le plus à risque de fracture 1, 2 et que le traitement de l’ostéoporose est reconnu comme efficace 3-5. Par contre, comme les auteurs le mentionnent, les données actuelles sont insuffisantes pour recommander l’utilisation de l’ostéodensitométrie comme mesure de suivi de l’efficacité du traitement. Plus près de nous, le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP) n’a pas statué récemment sur l’utilisation de l’ostéodensitométrie comme mesure de dépistage. Ses dernières recommandations à ce sujet datent de 1994 et, à cette époque, il concluait que les données dont on disposait n’appuyaient pas l’utilisation systématique de l’ostéodensitométrie (recommandation D) 6. Par contre, le GECSSP doit publier sous peu des recommandations face au dépistage et au traitement de l’ostéoporose. Il sera intéressant de voir s’il arrive aux mêmes conclusions que le groupe d’experts américains quant à l’utilisation de l’ostéodensitométrie. 

RÉFÉRENCES
  1. Eddy D, Johnston C, Cummings SR et coll. Osteoporosis: Review of the evidence for prevention, diagnosis, and treatment and cost-effectiveness analysis. Osteoporos Int, 1998 ; 8: S7-S80.
  2. US Preventive Services Task Force. Screening for osteoporosis in postmenopausal women: Recommendations and rationale. Ann Intern Med, 2002 ; 137 : 526-8.
  3. Cummings SR, Black DM, Thompson DE et coll. Effect of alendronate on risk of fracture in women with low bone density but without vertebral fractures: Results from the Fracture Intervention Trial. JAMA, 1998 ; 280 : 2077-82.
  4. Ettinger B, Black DM, Mitlak BH et coll. Reduction of vertebral fracture risk in postmenopausal women with osteoporosis treated with raloxifene: Results from a 3-year randomized clinical trail: Multiple Outcomes of Raloxifene Evaluation (MORE) investigators. JAMA, 1999 ; 282 : 637-45.
  5. Harris S, Watts N, Genant H et coll. Effects of risedronate treatment on vertebral and nonvertebral fractures in women with postmenopausal osteoporosis. JAMA, 1999 ; 282 : 1344-52.
  6. Feig DS. Prévention des fractures ostéoporotiques chez la femme au moyen de l’œstrogénothérapie substitutive. In : Guide canadien de médecine clinique préventive. Santé Canada, Ottawa, 1994, p. 704-16. 

 

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