TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 10 avril 2002 |
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Lucie Baillargeon, MD,
MSc
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| Objectif Déterminer si l’utilisation d’antidépresseurs tricycliques augmente le risque de cancer du sein chez les femmes. Conception Étude cas/témoins. Contexte Population de femmes habitant en Saskatchewan. Participantes Femmes âgées de 35 ans ou plus admissibles au régime public d’assurance-médicaments de la Saskatchewan entre 1981 et 1995. Tous les cas de cancer du sein prouvés histologiquement (n = 5882) et quatre témoins sélectionnés au hasard (n = 23 517) ont été appariés selon l’âge et la date d’échantillonnage (sampling date). Pour être admises dans l’étude, les femmes devaient avoir été inscrites au régime d’assurance-médicaments pendant cinq ans ou plus avant la date du diagnostic ou la date d’échantillonnage (date index). Pour chaque participante, les ordonnances d’antidépresseurs tricycliques délivrées en externe (concentration en mg et nombre de comprimés par ordonnance) ont été relevées. L’analyse a porté sur une exposition aux médicaments jusqu’à 15 années avant la date d’échantillonnage. Principales mesures des résultats Risque relatif de cancer du sein selon l’exposition à la classe des antidépresseurs tricycliques. On a également réparti les antidépresseurs en deux classes selon leur potentiel génotoxique chez la mouche Drosophila melanogaster. Résultats L’exposition aux antidépresseurs tricycliques entre 11 et 15 ans avant la date d’échantillonnage a été associée à une augmentation significative du risque de cancer du sein chez les femmes ayant reçu, en moyenne, le plus de médicament au cours de la période (RR : 2,02 ; IC à 95 % : 1,34-3,04). L’exposition aux antidépresseurs moins longtemps avant la date d’échantillonnage, et ce, quelle que soit la quantité moyenne de médicament prescrite, n’a été associée à aucune augmentation du risque. L’exposition aux tricycliques ayant un potentiel génotoxique chez la Drosophila (amoxapine, clomipramine, désipramine, doxépine, imipramine et trimipramine) a été associée à une augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes exposées 11 à 15 ans avant la date d’échantillonnage. Chez les femmes les plus exposées à ces antidépresseurs au cours de la période, le risque relatif était de 2,47 (IC à 95 % : 1,37-4,40). Par contre, aucune augmentation du risque de cancer du sein n’a été observée chez les femmes exposées aux autres tricycliques non génotoxiques (amitriptyline, maprotiline, nortriptyline, protriptyline). Conclusion Cette étude suggère une augmentation du risque de cancer du sein à la suite de l’utilisation de certains antidépresseurs tricycliques 11 à 15 ans avant la date du diagnostic de cancer. D’autres études sont nécessaires pour évaluer le potentiel carcinogène de ces médicaments. |
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| Le 15 février 2002, le quotidien Le Soleil publiait un article intitulé « Cancer du sein : 50 % plus de risques avec les antidépresseurs ». Dans les jours suivants, de nombreuses patientes qui prenaient des antidépresseurs depuis longtemps ont manifesté à leur médecin leur inquiétude concernant ce nouveau risque associé aux antidépresseurs. Cette étude porte exclusivement sur les antidépresseurs tricycliques, des médicaments qui sont moins prescrits depuis quelques années. Il s’agit de la première recherche montrant que l’utilisation de certains tricycliques est associée à une augmentation modérée du risque de cancer du sein. Le risque n’apparaît que lorsqu’ils ont été prescrits plus de 10 ans avant le diagnostic de cancer. Ce délai indique que ces médicaments agiraient comme des initiateurs et non comme des promoteurs du processus tumoral. L’étude a été menée avec rigueur. L’utilisation de base de données permet d’éviter les biais de rappel et d’interviewers. Les cas et les témoins sont issus de la même population, ce qui minimise les risques de biais de sélection. Le délai entre le cancer et le début de l’exposition (15 ans) est suffisant pour mettre en évidence les effets d’une exposition qui peuvent prendre plusieurs années à se manifester. Certaines limites sont toutefois inhérentes aux bases de données utilisées. Ne disposant pas des doses quotidiennes d’antidépresseurs et de la durée du traitement pour chaque médicament, les auteurs ont eu recours à la moyenne des doses de médicaments prescrites pendant une période pour estimer l’exposition. L’exposition n’a pu être véritablement estimée pour une grande proportion des sujets, surtout pour les périodes d’exposition les plus lointaines. Par exemple, pour la période de 11-15 ans – celle qui s’est avérée la plus révélatrice –, l’exposition n’a pu être estimée que pour seulement 35 % des sujets. De plus, les bases de données ne contenaient aucune information sur les médicaments non inscrits sur la liste de l’assurance-médicaments ni sur ceux qui ont été administrés lors des hospitalisations ni sur les échantillons. Est-ce que d’autres facteurs que l’exposition aux tricycliques pourraient expliquer les résultats ? Certaines études épidémiologiques ont rapporté que la dépression chronique est associée à un risque accru de cancer du sein. Les témoins ont été appariés en fonction de l’âge seulement et il est possible que d’autres facteurs non contrôlés dans l’étude puissent expliquer l’association entre la prise d’antidépresseurs tricycliques et le risque de cancer du sein. Les analyses secondaires suggèrent que seuls les six antidépresseurs (amoxapine, clomipramine, désipramine, doxépine, imipramine et trimipramine) ayant un potentiel génotoxique sont associés au cancer. Cela appuie la plausibilité des résultats de l’étude. Notons que l’amitriptyline (Elavil), qui est probablement le tricyclique le plus prescrit actuellement, ne fait pas partie de ces médicaments. Les études sur l’association entre les antidépresseurs et le cancer du sein publiées antérieurement ont donné des résultats contradictoires. Récemment, une vaste étude de cohorte rétrospective, qui a comparé 38 273 femmes ayant reçu une ordonnance de tricycliques à 32 949 femmes ayant reçu une ordonnance pour d’autres médicaments, n’a montré aucun accroissement du risque, mais le suivi ne remontait qu’à 7,5 ans *. Que dire à nos patientes qui s’inquiètent face à l’innocuité de l’utilisation des antidépresseurs ? Cette étude est la première à suggérer que le cancer du sein est modérément associé à l’utilisation de certains tricycliques plus de 10 ans avant le diagnostic de cancer. L’amitriptyline (Elavil) ne fait pas partie de ces médicaments. Ces résultats ne sont pas généralisables aux autres catégories d’antidépresseurs. Bien qu’un lien de causalité ne puisse être établi de façon certaine, il est prudent d’éviter dans la mesure du possible de prescrire l’un des six antidépresseurs susceptibles d’accroître le risque de cancer du sein. RÉFÉRENCE * Wang PS, Walker AM, Tsuang MT, Orav EJ, Levin R, Avorn J. Antidepressant use and the risk of breast cancer : A non-association. Journal of Clinical Epidemiology, 2001 ; 54 : 728-34. |
TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 10 avril 2002 |