TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 27 mars 2002

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Les groupes de soutien améliorent-ils la survie des femmes atteintes de cancer du sein ?

Goodwin PJ, Leszcz M, Ennis M, Koopmans J, Vincent L, Guther H, et coll. The effect of group psychosocial support on survival in metastatic breast cancer.
N Eng J Med, décembre 2001 ; 1719-26. 

Johanne Blais, MD, M.Sc.,CCMF, FCMF

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Johanne Blais, MD, MSc, CCMF, FCMF, professeure agrégée de clinique

 

 

Objectif
Évaluer si l’ajout d’une thérapie de soutien en groupe aux soins habituels influe sur la survie et le fonctionnement psychologique des femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique.

Conception
Essai clinique randomisé.

Contexte
Sept centres de cancérologie au Canada. 

Participants
235 femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique et dont la survie anticipée était d’au moins trois mois.

Interventions
Les participantes ont été réparties en deux groupes : un groupe qui participait chaque semaine à une thérapie de soutien de 90 minutes en groupe (158 femmes) et un groupe qui ne recevait aucune intervention psychosociale spécifique (77 femmes).
On a demandé aux femmes du groupe « intervention » de s’engager pour un an ou plus si les séances étaient bénéfiques. Chaque groupe était composé de 8 à 12 femmes. Ces femmes étaient accompagnées par deux thérapeutes expérimentés (psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux ou infirmières cliniciennes), dont un au moins était une femme. Cette thérapie était instaurée pour encourager le soutien parmi les membres du groupe et favoriser l’expression des émotions quant au cancer et aux effets importants sur leur vie. Une séance de 90 minutes par mois était aussi offerte à la famille et aux amis.
Tous les quatre à six mois, l’ensemble des participantes recevaient du matériel éducatif concernant le cancer du sein et son traitement ainsi que de la documentation sur la relaxation et l’alimentation.

Principales mesures des résultats
La principale mesure des résultats était la survie. La mesure secondaire des résultats était le fonctionnement psychosocial. Les femmes, au début de l’étude et tous les quatre mois par la suite, ont rempli un questionnaire psychosocial autoadministré incluant un profil de l’humeur et une échelle de douleur tels que ceux qui ont été utilisés par Spiegel et Bloom. 

Résultats
Avec les 158 femmes qui étaient affectées au groupe « intervention », le taux de participation à la thérapie de groupe a été de 66,7 %. Les raisons mentionnées pour s’absenter ont été la maladie, le besoin d’un traitement médical et l’incapacité de se déplacer. Trente femmes ont abandonné la thérapie de groupe après une moyenne de 3,5 mois et huit femmes n’ont participé à aucune séance.
La survie moyenne a été de 17,9 mois dans le groupe « intervention » et de 17,6 mois dans le groupe témoin (RR : 1,06 ; IC à 95 % : 0,78-1,45). 
Les questionnaires psychosociaux ont été remplis par 71 % des femmes du groupe « intervention » et par 65 % de celles du groupe témoin (p = 0,43). Les troubles de l’humeur (p = 0,02), la dépression (p = 0,002), l’anxiété (p = 0,002), la colère (p = 0,007), la confusion (p = 0,02) ainsi que la douleur (p = 0,04) étaient significativement moindres dans le groupe « intervention » que dans le groupe témoin. Les femmes qui étaient les plus affligées au départ ont plus bénéficié de l’intervention que celles qui l’étaient moins. Il n’y avait cependant pas de différences significatives en ce qui concerne les symptômes de fatigue ou de manque d’énergie.

Conclusion
L’ajout d’une intervention psychosociale ne prolonge pas la survie des femmes qui sont aux prises avec un cancer du sein métastatique. Cependant, les femmes qui ont participé au groupe de soutien ont obtenu une amélioration supérieure de leurs symptômes psychologiques et ont fait état de moins de douleur que les femmes du groupe témoin, particulièrement celles qui étaient les plus angoissées au départ.

 

En tant que médecin coordonnateur du programme de dépistage du cancer du sein dans la région de Québec, il m’a paru intéressant de lire cet article. En premier lieu parce que le cancer du sein est toujours le cancer le plus fréquent chez les femmes et parce qu’il représente la deuxième cause de décès par cancer après le cancer du poumon. Par ailleurs, je trouvais utile d’avoir accès à une étude qui voulait vérifier si le fait d’ajouter une thérapie de soutien aux autres traitements permet d’améliorer la survie des femmes qui sont aux prises avec un cancer du sein métastatique. Dans notre milieu, nous offrons les services d’une travailleuse sociale à toutes les femmes qui reçoivent un diagnostic de cancer du sein, métastatique ou non. Je voulais donc vérifier les résultats d’une telle étude en ce qui a trait à la survie des femmes atteintes.
L’addition d’une thérapie de soutien en groupe ne semble pas influer sur la survie des femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique. Ces résultats n’étayent donc pas les observations faites dans une recherche antérieure 1 (qui avait noté une survie prolongée dans le groupe qui avait reçu une thérapie de soutien en groupe). Mais les résultats de l’étude sur laquelle nous nous attardons vont dans le même sens que ceux de deux autres études 2, 3 qui sont parvenues elles aussi à la conclusion qu’il n’y avait pas d’amélioration de la survie chez les femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique. Cependant, fait intéressant, la thérapie de groupe a eu des bienfaits au niveau psychosocial chez les femmes du groupe intervention, surtout chez celles dont le niveau de détresse et d’anxiété était plus élevé.
La méthodologie est dans l’ensemble excellente. Les groupes à l’étude n’étaient pas tout à fait comparables. Ainsi, les femmes du groupe « intervention » étaient plus jeunes et plus à risque d’avoir un envahissement ganglionnaire ou de recevoir un traitement adjuvant lors du diagnostic. Toutefois, les auteurs ont tenu compte de ces différences lors de l’analyse sans que cela change la signification des résultats.
Les outils de mesures psychosociales ont été utilisés dans d’autres études et les mesures ont été effectuées à l’aveugle. L’étude avait une puissance de 85 % pour identifier 15 % d’amélioration absolue de la survie à trois ans. Une différence de 25 % avait été observée dans une autre étude 1.
Dans le groupe « intervention », la participation a été excellente (95 % ont assisté à au moins une séance et 81% ont participé au moins pendant un an). Environ deux tiers des femmes ont rempli tous les questionnaires et aucune femme n’a été perdue de vue. 
L’analyse a été réalisée en respectant le groupe d’affectation des sujets. Par ailleurs, nous ne pouvons d’emblée généraliser les résultats. Moins de 10 % des femmes admissibles ont participé. Il est donc difficile d’en tirer des conclusions sur le niveau de détresse psychologique des femmes qui n’ont pas participé à l’étude et qui souffrent d’un cancer du sein métastatique. 
Dans le contexte où nous envisageons de travailler en équipe multidisciplinaire afin d’offrir des soins encore plus complets à nos patients et nos patientes, des études qui se penchent sur les aspects psychosociaux liés à la maladie et sur leurs effets sur la survie sont les bienvenues. Bien que la thérapie de soutien en groupe ne semble pas améliorer la survie des femmes qui en bénéficient, il me paraît très important de pouvoir offrir aux femmes atteintes d’un cancer du sein un soutien psychosocial. La réduction des symptômes psychologiques et physiques occasionnés par l’annonce d’un tel diagnostic est déjà un résultat très pertinent. Espérons que d’autres études de ce genre seront menées afin d’offrir le meilleur soutien possible aux femmes atteintes du cancer du sein. 

RÉFÉRENCES

  1. Spiegel D, Bloom JR. Group therapy and hypnosis reduce metastatic breast carcinoma pain. Psychosom Med, 1083; 45 : 333-9. 
  2. Cunningham AJ, Edmonds CV, Jenkins GP,Pollack H, Lockwood GA, Warr DA. A randomized controlled trial of the effects of group psychological therapy on survival in women with metastatic breast cancer. Psychooncology, 1998; 7 : 508-17.
  3. Edelman S, Lemon J, Bell DR, Kidman AD. Effects of group CBT on the survival time of patients with metastatic breast cancer. Psychooncology, 1999 ; 8 : 474-81.

 

TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 27 mars 2002