TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 20 février 2002

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L’obésité pendant l’enfance n’entraîne pas d’obésité à l’âge adulte

Wright CM, Parker L, Lamont D, Craft AW. Implications of childhood obesity for adult health : Findings from the Newcastle Thousand Families Cohort study. 

Christian Rhéault, MD, CCMF

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Christian Rhéault, MD, CCMF

 

 

Objectif
Vérifier l’existence d’une association entre l’obésité pendant l’enfance et l’obésité et la morbidité à l’âge adulte. 

Conception
Étude de cohorte.

Contexte
Les données proviennent du suivi d’une cohorte de 1142 enfants nés en 1947 et suivis jusqu’à ce jour à Newcastle, en Angleterre (la Newcastle Thousand Families Study).

Participants
932 membres de cette cohorte encore suivis à l’âge de un an, dont 412 ont été examinés et ont subi des examens paracliniques à l’âge de 50 ans.

Principales mesures des résultats
Tension artérielle, épaisseur échographique de la paroi carotidienne, fibrinogène sérique, lipides (cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides), insulinémie à jeun, glycémie deux heures postprandiale. Pourcentage de gras corporel à l’âge de 50 ans. Indice de masse corporelle (IMC) à 9, 13 et 50 ans.

Résultats
L’indice de masse corporelle à l’âge de 9 ans présente une faible corrélation significative avec le même indice à l’âge de 50 ans (r = 0,24 ; p < 0,001), mais non avec le pourcentage de gras corporel (r = 0,10 ; p = 0,07). Après ajustement en fonction de l’indice de masse corporelle à 50 ans, ce même indice à l’âge de 9 ans montre une association inverse avec les mesures de glucose et de lipides pour les deux sexes et avec la tension artérielle chez la femme. Cependant, si l’ajustement est fait en fonction du pourcentage de gras corporel à l’âge adulte, l’association inverse mentionnée ne demeure que pour les triglycérides et le cholestérol total chez la femme.

Conclusion
Il y a peu de lien linéaire entre l’obésité à l’âge de neuf ans et le risque d’obésité à l’âge adulte évaluée par le pourcentage de gras corporel. Seuls les jeunes obèses de 13 ans ont un risque plus élevé d’obésité à l’âge adulte. Aucun risque de morbidité n’est associé au surplus pondéral à 9 ou à 13 ans. La minceur à l’adolescence ne protège pas contre l’obésité et semble augmenter le risque de morbidité à l’âge adulte.

 

Dans les médias grand public et les revues médicales, de plus en plus d’articles sonnent l’alarme face à l’augmentation de l’obésité pendant l’enfance et l’adolescence. Cet article a donc attiré mon attention, semblant aller à contre-courant des idées actuelles.
Les études publiées au cours des dernières années tendaient en effet à lier l’obésité pendant l’enfance à celle de l’âge adulte, ainsi que la morbidité et la mortalité qui en découlent.
Sur le plan de la méthodologie utilisée, quelques forces ressortent de l’étude actuelle. L’utilisation du pourcentage de gras corporel reflète plus précisément la présence d’obésité comparativement à l’IMC, qui est influencé autant par la constitution osseuse et musculaire que par le gras corporel. Il est également rare de voir un suivi se poursuivre de façon si prolongée (de 1947 à 1996-1998). Il s’agit en même temps d’une faiblesse, car on peut se poser des questions quant à la possibilité de transposer les résultats dans notre population actuelle. Nous y reviendrons. D’autres faiblesses sont présentes. Malgré le nombre important de participants dans la cohorte initiale, seulement 24, 38 et 20 personnes ont un surplus pondéral à 9, 13 et 50 ans respectivement. Ce faible nombre tend à ramener vers zéro une éventuelle différence de morbidité. Les indices sanguins et échographiques utilisés ne sont que des marqueurs et non une mesure de la morbidité directe. Seuls 20 patients ont présenté une anomalie de ces marqueurs, rendant les conclusions présentées par sexe plutôt faibles. De plus, les 57 patients de la cohorte qui sont décédés avant l’âge de 50 ans ont été pris en considération, mais sans tenir compte de la cause du décès (il y avait pourtant parmi eux plus de patients obèses que les 20 ayant une anomalie métabolique !). 
Un des défauts des cohortes suivies à long terme est la difficulté d’appliquer des résultats obtenus auprès de personnes nées en 1947 (dans le cas présent) à la population des enfants des années 2000. Les deux populations ne sont probablement pas comparables. Par exemple, les habitudes alimentaires des jeunes se sont détériorées au fil des ans et les loisirs sont plus sédentaires (ordinateurs, jeux vidéo). Les enfants d’aujourd’hui ont possiblement un IMC plus élevé en raison de ces facteurs, alors que ceux qui sont nés en 1947 pouvaient avoir un IMC élevé pour d’autres raisons (constitutionnelles, par exemple, ou masse musculaire plus importante).
Il est également possible que l’influence de mauvaises habitudes de vie, différentes dans les groupes avec IMC normal ou élevé, ait été plus forte que celle de l’IMC lui-même. Aucune comparaison entre les différents groupes n’ayant été effectuée, ce facteur n’a pu être isolé.
En conclusion, il est intéressant de constater que la prévention de l’obésité chez l’adolescent est bénéfique dans la mesure où elle réduit l’obésité et la morbidité adulte. Quant aux enfants plus jeunes, malgré les résultats de cette étude et compte tenu des lacunes décelées, il me paraît toujours indiqué de préconiser de bonnes habitudes alimentaires et d’activité physique qui auront ainsi des chances de persister à l’âge adulte, que leur effet bénéfique s’exerce par une réduction du risque d’obésité ou non.

 

TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 20 février 2002