TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 12 mai 2004 |
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Stéphanie Houle, MD, résidente
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| Objectifs Évaluer l’impact des contraceptifs oraux (CO) sur les troubles de l’humeur prémenstruels et établir des facteurs cliniques prédictifs concernant l’amélioration ou la détérioration des troubles de l’humeur prémenstruels en rapport avec la prise de CO. Conception Étude de cas/témoin nichée dans une cohorte. Contexte Étude effectuée dans le cadre de la Harvard Study of Moods and Cycles réalisée auprès d’un échantillon de 4161 femmes de la région métropolitaine de Boston, au Massachusetts. Participantes De la cohorte initiale, 706 femmes âgées de 36 à 44 ans, non ménopausées, qui avaient pris des CO pendant plus de trois mois au cours de leur vie et qui avaient accepté de se soumettre à une entrevue psychiatrique structurée, ont été sélectionnées pour participer à l’étude. L’analyse a porté sur 658 (93,2 %) femmes, les autres ayant été exclues pour cause de données manquantes (43) ou incohérentes (5). Principales mesures de résultats L’impact (amélioration, aucun effet ou détérioration) de l’utilisation d’un CO sur l’humeur prémenstruelle a été mesuré à l’aide de deux questions, une sur la dépression / les changements d’humeur et une autre sur la tension prémenstruelle / l’irritabilité. Les facteurs prédictifs potentiels évalués ont été : 1) les antécédents de dépression ; 2) l’apparition dans les cinq années suivant la ménarche de changements d’humeur prémenstruels ; 3) la dysménorrhée ; 4) le tabagisme ; 5) l’indice de masse corporelle ; 6) l’hyperménorrhée ; 7) les ménorragies ; 8) la régularité des cycles menstruels ; 9) les grossesses antérieures ; 10) l’âge au début de la prise de CO. Parmi les 658 participantes, 470 (71,4 %) n’ont constaté aucun changement concernant leur humeur prémenstruelle, 107 (16,3 %) ont rapporté une détérioration, tandis que 81 (12,3 %) ont noté une amélioration. La moyenne d’âge était de 40,4 ± 2,5 ans et les caractéristiques démographiques étaient similaires dans les trois groupes. Par ailleurs, parmi les 71 femmes qui avaient des antécédents de dépression, 60,6 % n’ont vu aucun changement, 25,4 % ont noté une détérioration et 14,1 %, une amélioration de leur humeur prémenstruelle. Chez les 242 femmes présentant une dysménorrhée et chez les 200 femmes ayant un début précoce de troubles de l’humeur (avant l’utilisation de CO et au cours des cinq années suivant la ménarche), 16,1 % et 17,5 % respectivement ont constaté une détérioration, alors que 19,4 % et 23 % ont noté une amélioration. La majorité d’entre elles, soit 64,5 % et 59,5 % respectivement, n’ont remarqué aucune différence. De toutes les caractéristiques étudiées, seule la présence d’un antécédent de dépression prédisait une détérioration de l’humeur (RR ajusté : 2,0 ; IC 95 % : 1,1-3,8). La dysménorrhée (RR : 2,3 ; IC 95 % : 1,4-3,9) et les troubles de l’humeur apparaissant de façon précoce après la ménarche (RR : 3,1 ; IC 95 % : 1,9-5,2) ont constitué, quant à eux, les seuls facteurs prédictifs significatifs d’une amélioration de l’humeur avec les CO. Conclusion Cette étude montre que l’utilisation de CO n’a pas d’influence sur les symptômes de l’humeur prémenstruelle chez la majorité des femmes. Certains facteurs, comme les antécédents de dépression, seraient des facteurs prédictifs de détérioration, alors que la dysménorrhée et le début précoce après la ménarche de modifications de l’humeur seraient des facteurs prédictifs d’une amélioration. |
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| La présente étude rejoint la plupart des études antérieures
1, 2 qui montrent que l’utilisation des CO s’avère inefficace pour soulager ou améliorer des troubles de l’humeur prémenstruels. Par contre, cette étude se veut l’une des plus importantes qui ait été réalisée à ce jour pour tenter de cibler des facteurs individuels pouvant prédire la réponse au CO en ce qui concerne l’affect dans la période prémenstruelle. Sur les 10 caractéristiques ciblées, deux semblent avoir un effet positif sur l’humeur, soit les dysménorrhées et le début précoce après la ménarche du changement de l’humeur prémenstruelle. Les antécédents de dépression seraient, quant à eux, un facteur de risque pour voir apparaître une détérioration de l’humeur avec la prise de CO. Cependant, ce sous-groupe représente une proportion très faible de la cohorte étudiée. Les conclusions tirées n’ont que peu d’impact dans la pratique et ne constituent ni des indications ni des contre-indications à l’utilisation de CO. Soulignons que nous devons rester très prudents par rapport à ces résultats, certains aspects méthodologiques de l’étude laissant à désirer. La mesure de la variable principale – l’effet des CO sur l’humeur prémenstruelle – à l’aide de deux questions assez rudimentaires est probablement à l’origine de biais de classification des femmes. De plus, un biais de mémoire est probable puisqu’on demande à des femmes de 40 ans en moyenne de se souvenir des détails entourant les cinq premières années suivant leur ménarche. Par ailleurs, la sélection des participantes sur une base volontaire pourrait limiter la généralisation des résultats à l’ensemble de la cohorte initialement interpellée. Toutefois, les auteurs mentionnent que les caractéristiques des participantes étaient semblables à celles des non-participantes, caractéristiques qui seraient également semblables à celles de la population québécoise. Seules des conclusions générales sur les CO – et encore – peuvent en être tirées puisqu’on ne fait aucune distinction entre la prise de CO monophasiques et triphasiques, et aucune catégorisation des troubles de l’humeur allant, par exemple, du syndrome prémenstruel au trouble dysphorique prémenstruel. Est-ce dans cette dernière catégorie que la présence d’antécédents de dépression prédisposerait à une détérioration de l’humeur avec les CO ? Quelques études antérieures ont montré un avantage possible des CO monophasiques par rapport aux triphasiques sur les symptômes de l’humeur 3. Il plaît à l’esprit de penser que la prise de CO en continu pourrait améliorer les symptômes affectifs en maintenant une plus grande stabilité hormonale. Un nouveau contraceptif contenant un nouveau progestatif, la drospirénone 4,5 (pas encore commercialisé au Canada), semble avoir un effet positif sur l’affect prémenstruel. Toutefois, cet effet n’a pas été retrouvé dans toutes les études 6. Par contre, comme la drospirénone diminue la rétention hydrosodée, cela peut contribuer à augmenter la sensation de bien-être des utilisatrices. Des études supplémentaires seront nécessaires pour déterminer l’impact réel des CO sur l’humeur prémenstruelle et, éventuellement, pour vérifier si certains CO spécifiques ou la prise en continu des CO peuvent y être associés. Référence
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TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 12 mai 2004 |