TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 7 avril 2004 |
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Johanne Théorêt, MD, MA, CCMF, FCMF
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| Objectif Déterminer les croyances et les attitudes de la population envers le dépistage précoce des cancers. Conception Enquête populationnelle. Contexte États-Unis. Participants À partir d’une liste aléatoire de 4000 numéros de téléphone, 500 adultes (femmes plus grand ou égal à 40 ans et hommes plus grand ou égal à 50 ans) sans antécédent de cancer ont participé à cette enquête. Principales mesures de résultats Croyances et attitudes face au dépistage du cancer en général, la valeur du dépistage précoce, la tomodensitométrie par ordinateur pancorporelle, le Pap test, la mammographie, l’antigène prostatique spécifique (APS) et la sigmoïdoscopie ou la coloscopie. Résultats La plupart des participants (87 %) croient que le dépistage des cancers de routine est presque toujours une bonne idée et que la découverte d’un cancer à un stade précoce sauve des vies (74 % ont dit « presque tout le temps » ou « tout le temps »). Moins d’un tiers croient qu’il y a un âge où ils devront cesser le dépistage. Une proportion significative de participants croit qu’une personne de 80 ans qui choisit de ne pas être dépistée est irresponsable (41 % pour la mammographie et jusqu’à 32 % pour la coloscopie). Trente-huit pour cent des participants ont déjà fait l’expérience d’avoir au moins un test faussement positif. Plus de 40 % de ces individus ont décrit cette expérience comme étant « très épeurante » ou « la plus épeurante de leur vie ». En rétrospective, 98 % de ces derniers étaient contents malgré tout d’avoir passé le test de dépistage initial. La plupart avaient un désir élevé de savoir s’ils avaient un cancer sans en connaître les conséquences : les deux tiers souhaitaient être dépistés pour le cancer même si on ne pouvait rien offrir comme traitement et 56 % souhaitaient être dépistés même pour une « pseudomaladie » (un cancer à évolution lente et asymptomatique la vie durant). Soixante-treize pour cent des participants préféreraient passer une tomodensitométrie par ordinateur pancorporelle plutôt que de recevoir 1000 $ comptant. Conclusion Parmi les répondants à cette enquête, une proportion significative présente des croyances et des attitudes favorables au dépistage précoce de plusieurs cancers. |
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| Cet article a attiré mon attention, car, dans ma pratique, le terme « enthousiasme » pour le dépistage des cancers n’existe pas ! En tant que médecin enseignant en médecine familiale, je m’intéresse de près à l’examen médical périodique (EMP) et à l’application des mesures de dépistage des cancers dont on a la preuve qu’elles sont efficaces et qui sont des actes que posent quotidiennement les médecins de famille. Aux États-Unis, les autorités de santé publique ont mis l’accent de façon importante sur le dépistage des cancers. Toutefois, les agences de promotion privées ont produit des publicités qui proposent des tests élaborés sans aucune preuve d’efficacité, tels que la résonance magnétique cérébrale, pulmonaire et même des tomodensitométries pancorporelles. Ainsi, les croyances et les attitudes favorables des participants à cette enquête américaine pourraient créer un environnement propice à l’extension prématurée de ces technologies, plaçant la population à risque d’un dépistage à outrance et de sur-traitement. Mais regardons de plus près la méthodologie de cette étude. Je note que, bien que la base d’échantillonnage, inspirée d’une grille de critique des études de prévalence (voir encadré), ait été aléatoire, les auteurs ne faisant part à aucun moment du calcul de la taille de leur échantillon, comme si le nombre important de 4000 numéros de téléphone générés aléatoirement était en soi garant d’un échantillon représentatif et suffisant afin d’extrapoler les résultats à toute la population. De plus, il est difficile d’établir le taux de réponse des individus visés alors que les auteurs nous en proposent deux versions : 70 % et 50 % selon le dénominateur choisi. Aucun intervalle de confiance n’est présenté. Par conséquent, nous ignorons tout de la précision de l’estimation. Enfin, il n’est pas certain que les répondants soient représentatifs de mes patients puisqu’ils sont exposés à une société et à un système de soins différents ; il est possible qu’ils aient des caractéristiques différentes de celles de mes patients. Par ailleurs, les auteurs ont évalué la répartition des caractéristiques démographiques des participants et celle-ci correspond approximativement à celle du recensement fait aux États-Unis en 2000. Ils mentionnent que seule 5 % de la population n’a pas de téléphone. Ils reconnaissent aussi que les répondants avaient sûrement plus d’intérêt pour le thème de l’enquête que les non-répondants, surestimant ainsi les attitudes positives réelles de la population envers le thème de l’enquête. Les auteurs présentent en détail le développement du questionnaire à partir d’une méthodologie qualitative par groupes de consultation (focus groups). Par la suite, s’inspirant de cette première démarche, les auteurs ont élaboré des questions en prenant soin de valider la compréhension de ces questions auprès de certains individus. Toutefois, aucun cadre de conception n’est présenté comme si les auteurs avaient été « à la pêche » quant au contenu des questions et des concepts qui les intéressaient. Par conséquent, on peut se demander quelle sera l’utilité des résultats. Cette enquête s’apparente plus à une enquête d’opinion générale, comme si on cherchait à établir le marché des technologies dans le domaine du dépistage précoce des cancers, qu’à une étude sérieuse sur les croyances et les attitudes des individus envers des programmes de dépistage de cancers. Enfin, à travers ce questionnaire, nous ne savons pas pourquoi les Américains sont si enthousiastes pour le dépistage des cancers. Une réponse possible serait un sentiment exagéré d’être plus à risque, mais les résultats n’ont pu confirmer cette hypothèse. En conclusion, les résultats de cette étude sur les croyances et les attitudes des Américains sur le dépistage des cancers suggèrent que ces derniers constituent un terrain fertile pour des agences de promotion qui proposeraient des tests très élaborés et dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Ces agences pourraient profiter de cet engouement du public afin de développer un marché plutôt que de véritablement contribuer à améliorer la santé de la population. Le défi actuel est de retrouver un équilibre entre les messages afin de réduire le risque que la population ne soit dépistée et traitée à outrance.
RÉFÉRENCES
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TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 7 avril 2004 |