TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 24 mars 2004

ligne_bleue.gif (915 octets)

Échinacée : pas de données probantes pour traiter le rhume chez l’enfant

Article de référence

Taylor JA, Weber W, Standish L, Quinn H, Goesling J, McGann M, et coll. Efficacy and safety of echinacea in treating upper respiratory tract infections in children : A randomized controlled trial.
JAMA, décembre 2003 ; 290(21) : 2824-30. 

Isabelle Marc, MD, M.Sc.

Isabelle Marc, MD, M.Sc.

 

 

Objectif
Déterminer l’efficacité et l’innocuité de l’échinacée (Echinacea purpuræ) pour traiter les symptômes du rhume chez l’enfant.

Conception
Essai clinique randomisé à double insu avec groupe témoin 
placebo.

Contexte
Groupe de recherche en pédiatrie basée sur la pratique, University of Washington et Centre médical de médecine alternative, Bastyr University. 

Participants
Le recrutement s’est effectué durant deux automnes-hivers consécutifs (2000-2002). Les enfants de familles différentes, âgés de 2 à 11 ans, ont été recrutés par l’intermédiaire d’annonces 
diffusées dans les médias ou lors d’une visite chez les pédiatres participants à l’étude ou au centre de médecine complémentaire. Seuls les enfants en bonne santé étaient admis dans l’étude 
(pas d’antécédents médicaux de maladie pulmonaire ou d’allergie, pas de prise régulière de médicaments ni de plantes médicinales ou de suppléments).

Interventions
Les enfants ont été assignés au hasard au groupe échinacée (extraits de plantes en fleur d’Echinacea purpurae) (n = 263) ou au groupe placebo (n = 261). Chaque enfant participait à l’étude pendant quatre mois et recevait un stock de médicaments pour un maximum de trois rhumes. Les parents commençaient le traitement dès que l’enfant présentait au moins deux des symptômes du rhume confirmés au téléphone par une infirmière. 
Il prenait alors 3,75 mL (2-5 ans) à 5 mL (6-11 ans) de sirop deux fois par jour pendant toute la durée du rhume jusqu’à un maximum de 10 jours.

Principales mesures de résultats
Les principaux résultats étaient la durée et l’intensité des symptômes du rhume ainsi que les effets secondaires indésirables tels que rapportés par les parents à l’aide d’un journal contenant des échelles de Likert à quatre niveaux (d’aucun à grave). 

Résultats
Les données ont été analysées pour 707 rhumes (337 traités 
par l’échinacée, 370 par le placebo) chez 407 enfants. Un total 
de 79 enfants n’ont pas eu de rhume pendant la période 
d’observation. Dans le groupe placebo, 64,4 % des enfants ont 
eu au moins une infection, contre 52,3 % dans le groupe 
échinacée (p = 0,015). Il n’y a pas eu de différence entre les 
deux groupes en ce qui concerne la durée de l’infection (médiane = 9 jours [IC 95 % : 8-10 jours] dans les deux groupes ; p = 0,89), l’intensité globale des symptômes (médiane = 33 dans les deux groupes ; p = 0,69), le nombre de jours de fièvre (0,81 échinacée vs 0,64 placebo ; p = 0,09) et l’évaluation globale de la gravité de l’infection par les parents (p = 0,67). Bien que la fréquence globale des effets secondaires ait été similaire dans les deux groupes, le risque d’éruption cutanée a été supérieur dans le groupe échinacée (7,1 % vs 2,7 % ; p = 0,008). 

Conclusion
Echinacea purpurae à la dose prescrite dans cette étude n’est pas efficace dans le traitement des symptômes des infections des voies aériennes supérieures chez les patients de 2 à 11 ans. Son utilisation s’accompagne d’une augmentation des éruptions cutanées.

 

Les études cliniques sur l’échinacée recensées jusqu’en 2000 par la Collaboration Cochrane suggéraient des effets cliniques bénéfiques modestes sur les symptômes du rhume 1, mais une étude récente, robuste sur le plan méthodologique, s’est avérée négative chez l’adulte 2. Pourtant, l’échinacée suscite toujours beaucoup d’intérêt du fait de ses propriétés immunostimulantes et anti-inflammatoires in vitro et chez l’animal, ce qui pousse à produire des extraits plus efficaces et standardisés. 
L’utilisation des médecines « alternatives » et complémentaires dans le domaine pédiatrique doit faire l’objet d’études distinctes de celles qui sont menées dans une population adulte. Les enfants sont plus vulnérables à la toxicité de certaines substances. Sur la base de leur étude, les chercheurs ne recommandent pas l’utilisation de l’échinacée pour traiter le rhume chez l’enfant de 2 à 11 ans et ils soulignent que des réactions allergiques sont possibles. 
La méthodologie de cette étude est très rigoureuse. Le recrutement des enfants dans plusieurs milieux cliniques (pédiatres, thérapeutes de médecine complémentaire), diversifiant ainsi les croyances vis-à-vis des médecines complémentaires, assure une bonne validité externe à l’étude. Cela est d’autant plus important que, bien que validés au téléphone par une infirmière, les symptômes du rhume sont rapportés par les parents. La dissimulation de l’assignation et le double insu ont été assurés. Les caractéristiques des patients sont similaires dans les deux groupes : la moyenne d’âge était de 5,5 ±2,7 ans, avec un nombre d’infections dans l’année précédente de 3,5 ±1,5. La proportion d’enfants en garderie semble néanmoins être plus élevée dans le groupe échinacée (29 % vs 18 % ; NS). Plusieurs mesures (calendrier, appel téléphonique, retour de médicaments) ont été mises en place pour assurer l’observance (92,7 %) et la prise de la médication (> 80 % dans les deux groupes). Le nombre de rhumes analysés a été suffisant pour détecter entre les deux groupes une différence qui me paraît cliniquement raisonnable de 
1,5 à 2 jours dans la durée du rhume (de 7-10 jours), avec une puissance de 80 %. L’analyse des principaux résultats selon le groupe d’assignation est négative et les nombreuses analyses secondaires n’identifient aucun groupe qui bénéficierait positivement d’un traitement par l’échinacée pour les symptômes de rhume. 
Jusqu’à récemment, aucun essai clinique randomisé n’avait été effectué pour tester l’efficacité de l’utilisation de l’échinacée pour prévenir ou traiter les symptômes du rhume chez les enfants. Il n’existe pas de dose spécifique à l’enfant ; les doses habituelles chez les adultes vont de 0,5 g à 1 g. Dans la pratique, les doses varient selon les préparations utilisées (comprimés, jus, teintures, etc.) et les fabricants. Il existe trois sortes d’échinacées. Selon la documentation médicale, la sorte et la préparation utilisées dans l’étude semblent être les plus efficaces. 
Cependant, les auteurs soulignent qu’une prise plus précoce de l’échinacée – tel que cela est préconisé chez l’adulte – avant l’apparition des premiers symptômes du rhume, aurait pu s’avérer plus efficace, bien que, cliniquement chez l’enfant, ce moment soit très difficile à évaluer. D’autres études d’aussi bonne qualité méthodologique sont nécessaires pour évaluer des posologies, les modes d’administration ou les différents extraits d’échinacée et, peut-être, d’autres contextes (p. ex. : prévention du rhume ou diminution du nombre de récidives du rhume). En effet, dans une analyse exploratoire réalisée à partir de cette étude, les auteurs ont remarqué que le nombre de rhumes subséquents au premier épisode était significativement inférieur dans le groupe échinacée. Un autre essai clinique mené chez l’enfant par l’Université de 
l’Arizona en est actuellement à la phase du recrutement et porte en partie sur l’utilisation de l’échinacée dans la prévention de l’otite moyenne chez les enfants aux prises avec un problème d’otite récurrent. 
Récemment Child Health ALERT publiait un avis sur l’utilisation de 
l’échinacée chez les enfants, concluant que les parents qui désiraient traiter leurs enfants à l’aide de plantes médicinales devraient en parler à leur médecin. Si ces plantes sont utilisées, il faut s’assurer qu’elles ont été soumises 
à un minimum de normes (en ce sens, la nouvelle réglementation de Santé Canada devrait aider, mais sa mise en place risque de prendre encore quelques années). Cela garantit que la plante est pure et exempte de contaminants, mais ne constitue pas un gage d’efficacité ou d’innocuité 3.

Références

  1. Melchart D, Linde K, Fischer P, Kaesmayr J. Echinacea for preventing and treating the common cold. Cochrane Database Syst Rev 2000 : CD000530.
  2. Labrecque M. L’échinacée n’est pas efficace pour traiter le rhume. « Critique et pratique », L’actualité médicale, 2003 ; 24(6) : 35.
  3. Echinacea for the common cold. Child Health Alert, 2003 ; 21 : 2.

 

TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 24 mars 2004