TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 24 mars 2004

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Le trèfle rouge : un traitement efficace de l’ostéoporose? 

Article de référence

Atkinson C, Compston JE, Day NE, Dowsett M, Bingham SA. The effects of phytoestrogen isoflavones on bone density in women : A double-blind, randomized, placebo-controlled trial. 
Am J Clin Nutr, 2004 ; 79 : 326-33.

Sylvie Dodin, MD, M.Sc.

Sylvie Dodin, MD, M.Sc.

 

 

Objectif
Évaluer l’effet d’un supplément de phytoestrogènes dérivés du trèfle rouge sur la densité osseuse. 

Conception
Essai clinique randomisé à double insu avec groupe témoin placebo.

Contexte
Hôpital d’Addenbrooke (Cambridge, Royaume-Uni).

Participantes 
Les participantes ont été recrutées par lettre parmi les femmes 
participant à un programme de dépistage du cancer du sein dans 
le cadre d’un essai clinique dont l’issue principale était la densité mammaire. Parmi les 1149 femmes admissibles, 944 n’ont pas participé, 368 n’ayant pas répondu à la lettre, 278 ayant répondu négativement et 275 étant sous hormonothérapie.

Interventions
Les participantes en pré, péri ou post ménopause ont été réparties aléatoirement en deux groupes : phytoestrogènes dérivés du trèfle rouge (n = 102) et placebo (n = 103). Les comprimés de trèfle rouge fournissaient 26 mg de biochanine, 16 mg de formononétine, 1 mg de génistéine et 0,5 mg de daidzeine (Promensil), et ils étaient pris une fois par jour.

Principales mesures de résultats
Les principales mesures des résultats étaient la densité osseuse 
évaluée par ostéodensitométrie à rayons X (DXA) au départ et après un suivi d’un an. Les marqueurs de résorption osseuse et de formation osseuse étaient respectivement mesurés dans les urines de 
24 heures et dans le plasma. 

Résultats
Seize femmes dans le groupe expérimental et 12 femmes dans le groupe placebo ont abandonné l’étude. La perte osseuse au niveau de la colonne lombaire a été significativement moins marquée dans le groupe des femmes prenant le supplément de trèfle rouge, comparativement au placebo. Aucun changement significatif n’a été observé au niveau fémoral. Les marqueurs de la résorption osseuse sont demeurés inchangés et les marqueurs de la formation osseuse ont été significativement augmentés dans le groupe expérimental, et ce, uniquement dans le sous-groupe des femmes ménopausées. 

Conclusion
La prise d’un supplément de trèfle rouge a un effet potentiellement protecteur sur la densité osseuse lombaire. 

 

La Société canadienne du cancer a recommandé très récemment de limiter l’utilisation de l’hormonothérapie substitutive aux femmes symptomatiques chez qui les autres solutions se sont avérées inefficaces 1. Or, si l’on se demande quels sont les choix « non médicamenteux » qu’il est possible d’offrir à nos patientes, les phytoestrogènes demeurent le choix « naturel » sur lequel nous disposons du plus de données scientifiques, quoique celles-ci demeurent divergentes. Les phytoestrogènes sont des composés non stéroïdiens présents dans plusieurs végétaux et qui ont une structure similaire à celle des œstrogènes. Ils se lient aux récepteurs des œstrogènes, exerçant un faible effet œstrogénique ou antagoniste semblable au Tamoxifène au niveau des tissus cibles selon le site d’action, le niveau d’œstrogènes endogènes et le niveau des récepteurs 2
Cet essai clinique randomisé a le mérite d’être le premier qui ait duré un an ; les quatre autres essais cliniques déjà publiés qui ont évalué la densité osseuse n’avaient duré que six mois 3
Les résultats de ces cinq essais cliniques vont dans le même sens et suggèrent que les phytoestrogènes se comporteraient davantage comme un œstrogène faible que comme un anti-œstrogène au niveau du tissu osseux. 
La méthodologie de l’étude est en général satisfaisante, le processus de randomisation est approprié, la taille de l’échantillon est justifiée et les auteurs nous présentent l’évolution des participantes à l’aide d’un organigramme. La mesure de l’excrétion urinaire des phytoestrogènes a permis une évaluation objective de l’observance. Quelques points méthodologiques méritent cependant 
d’être soulevés. La mesure de la masse osseuse n’était pas l’issue principale initiale de cette étude, dont l’objectif premier était 
d’évaluer l’effet du trèfle rouge sur la densité mammaire des femmes se présentant à un programme de dépistage du cancer du sein. D’autre part, 30 % des femmes ayant participé à cet essai clinique n’étaient pas ménopausées. La validité externe de cette étude peut donc être discutée. Finalement, bien que les chercheurs aient respecté le groupe d’assignation pour les analyses (intention to treat), ils ont exclu 16 % des femmes du groupe expérimental et 12 % des femmes du groupe témoin. 
Les auteurs ne discutent malheureusement pas de la signification clinique des résultats et il est d’ailleurs difficile d’en juger par nous-mêmes, les différences de changement entre les deux groupes n’étant présentées que sur des graphiques et en termes de changement de contenu osseux (en grammes) et de densité osseuse (en g/cm2). Compte tenu de la puissance œstrogénique faible des phytoestrogènes, un suivi sur une période plus longue aurait sans doute permis d’observer des changements cliniquement significatifs (fracture vertébrale, par exemple). Comme 
le disent les auteurs, le fait de ne pas observer de changements 
statistiquement significatifs au niveau fémoral s’explique par le fait que cet os est majoritairement composé de tissu cortical qui répond plus tardivement aux différents traitements antirésorption. La compréhension physiopathologique de l’absence de modification des marqueurs de résorption osseuse lorsque les marqueurs de formation osseuse sont significativement augmentés est plus difficile à établir. 
En résumé, les résultats de cet essai clinique ne nous permettent pas de changer nos façons de faire et de suggérer la prise de phytoestrogènes pour la prévention de l’ostéoporose liée à l’hypo-œstrogénie, mais ils renforcent l’hypothèse de leur rôle potentiel dans la réduction de la perte osseuse, une hypothèse qui devrait être vérifiée par des essais cliniques de plus longue durée abordant spécifiquement cette question. Un essai clinique de beaucoup plus grande envergure visant à évaluer l’efficacité des phytoestrogènes à réduire le risque de fractures serait bien sûr l’idéal. 

Références

  1. Société canadienne du cancer. « La Société canadienne du cancer rend publique sa recommandation à propos de l'hormonothérapie substitutive combinée. » Toronto, 8 janvier 2004. En ligne : http://www.cancer.ca/ccs/ internet/mediareleaselist/0,,3172_ 15232_147260864_langId-fr,00.html
  2. Ross JA, Kasum CM. Dietary flavonoids : Bioavailability, metabolic effects and safety. Annu Rev Nutr, 2002 ; 22 : 19-34.
  3. Dodin S, Blanchet C, Marc I. « Phytoestrogens in menopausal women : A review of recent findings.» Med Sci (Paris) 2003 ; 19 : 1030-7.

 

TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 24 mars 2004