TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 21 janvier 2004

ligne_bleue.gif (915 octets)

Un programme d’activité physique avec niveau élevé de dépense énergétique est-il plus efficace pour la perte de poids et son maintien à moyen terme qu’un programme standard?

Article de référence

Jeffery RW, Wing RR, Sherwood NE, Tate DF. Physical activity and weight loss : Does prescribing higher physical activities goals improve outcome?
Am J Clin Nutr, octobre 2003 ; 78 : 684-9.

Sylvie Dodin, MD, M.Sc.

Sylvie Dodin, MD, M.Sc.

 

 

Objectif
Comparer l’efficacité de la prescription d’un programme d’activité physique à niveau élevé de dépense énergétique (2500 kcal/ semaine) à la prescription d’un programme d’activité physique à niveau modéré de dépense énergétique (1000 kcal/semaine) sur la perte de poids et son maintien à moyen terme. 

Conception
Essai clinique randomisé.

Contexte
Deux centres universitaires américains.

Participants
Deux cent deux sujets âgés de 25 à 50 ans ayant un surplus de poids de 14 à 32 kg ont été recrutés dans la communauté à l’aide d’annonces publiques.
Ont été exclus les patients ayant un problème médical ou psychologique pouvant interférer avec le programme proposé. 

Interventions
Les patients étaient assignés de façon aléatoire au programme standard d’activité physique (dépense énergétique de 1000 kcal par semaine, soit l’équivalent de 30 minutes de marche rapide quotidienne) ou au programme d’activité physique avec niveau élevé de dépense énergétique (2500 kcal par semaine, soit l’équivalent de 75 minutes de marche rapide quotidienne). Tous les participants ont bénéficié d’un programme comportemental de perte de poids comprenant des séances de groupes de formation et d’apprentissage des habiletés comportementales et une intervention nutritionnelle visant à réduire l’apport calorique de 1000 à 1500 kcal par jour selon le poids initial, dont 20 % des calories provenant des corps gras. 
Pour favoriser l’adhésion au programme d’activité physique avec niveau élevé de dépense énergétique, les patients ont été encouragés à recruter un à trois partenaires d’entraînement, ils ont bénéficié d’une supervision en petit groupe par un professionnel de l’activité physique et ils ont reçu une compensation financière minimale. 

Principales mesures de résultats
L’issue principale dans cette étude était la perte de poids. L’apport calorique journalier a été estimé à partir des données alimentaires recueillies à l’aide du questionnaire alimentaire de Block, qui comporte 60 points. Les changements dans la pratique d’activités physiques ont été évalués à l’aide du questionnaire autoadministré d’activité physique de Paffenbarger. Les variables anthropométriques ont été mesurées et les données ont été mesurées au départ, puis à 6, 12 et 18 mois. 

Résultats
Alors que la dépense énergétique moyenne rapportée par les participants était sensiblement la même dans chacun des deux groupes au début de l’étude (1286,0 ± 1258,0 kcal/semaine vs 1278,0 ± 1369 kcal/semaine), les patients du groupe expérimental ont affiché une dépense énergétique significativement plus élevée à 6, 12 et 18 mois. En moyenne, les sujets du groupe témoin ont augmenté leur dépense énergétique de 596 ± 1527 kcal/semaine dans les six premiers mois et ils ont maintenu une augmentation de 328 ± 1351 et 334 ± 1766 kcal/ semaine respectivement à 12 et 18 mois. Les participants du groupe expérimental ont augmenté leur dépense énergétique de 1079 ± 1767 kcal/semaine au cours des six premiers mois pour atteindre une dépense énergétique moyenne de 2399 ± 1571 kcal/ semaine et ils ont maintenu cette dépense énergétique à 12 et 18 mois. Après six mois, aucune différence significative n’a été observée entre les deux groupes quant à la perte de poids (8,1 ± 7,4 kg vs 9,0 ± 7,1 kg). Entre 6 et 12 mois, les patients qui s’étaient entraînés plus activement ont davantage réussi à maintenir leur poids (gain de 0,5 kg), alors que les patients du groupe témoin avaient repris 2 kg en moyenne. Quoique la reprise du poids ait été la même dans les deux groupes entre 12 et 18 mois, la perte de poids moyenne à 18 mois demeure significativement plus importante chez les patients plus actifs (6,7 ± 8,1 vs 4,1 ± 8,3 kg). Enfin, les patients qui se sont entraînés plus activement ont rapporté significativement plus de blessures ou de problèmes médicaux à 12 et 18 mois. 

Conclusion
Les auteurs concluent qu’un programme d’activité physique avec niveau élevé de dépense énergétique (2500 kcal/semaine) est supérieur à un programme d’activité physique standard (1000 kcal/ semaine) pour la perte de poids à moyen terme.

 

Perdre du poids n’est pas facile, mais maintenir cette perte de poids demeure un très gros défi pour la majorité de nos patients et le taux de succès du maintien à long terme de la perte de poids demeure faible 1. Nous encourageons tous nos patients qui veulent perdre du poids à faire de l’activité physique, mais il nous est bien difficile de répondre aux questions suivantes : « Quel est le niveau d’activité physique (durée x intensité = dépense énergétique) optimal ? » ou « Quel est l’impact réel sur la perte de poids et sur son maintien à moyen terme d’un programme d’activité physique ? Cet essai clinique tente de répondre à ces interrogations.
Cette étude ne respecte malheureusement pas plusieurs des critères d’un essai clinique de qualité. Le processus de randomisation n’est pas décrit, la taille de l’échantillon n’est pas discutée et il n’y a pas de tableau permettant d’évaluer les principales caractéristiques des deux groupes de patients à la suite de la randomisation. En moyenne, il s’agit de patients âgés de 42 ans, dont 58 % sont des femmes et 80 % sont de race blanche, avec un IMC moyen de 32. La dépense énergétique hebdomadaire au début de l’étude était comparable entre les deux groupes et elle était élevée (près de 1300 kcal/ semaine, soit l’équivalent de plus de 30 minutes de marche rapide quotidiennement !). Les sujets de l’étude sont donc peu représentatifs des patients souvent plus sédentaires qui viennent nous consulter. Les résultats ne sont pas analysés selon le respect du groupe d’assignation et très peu d’information est fournie sur les sujets qui ont abandonné l’étude (environ 17 %). Enfin, les sujets assignés au programme d’activité physique avec niveau élevé de dépense énergétique ont bénéficié de plusieurs co-interventions (entraîneur spécialisé, soutien de pairs, incitation financière), ce qui a pu avoir un impact sur les résultats.
Ces résultats montrent cependant que les sujets assignés au groupe expérimental ont été capables d’augmenter leur dépense énergétique de plus de 1000 kcal/ semaine et de maintenir cette augmentation pendant 12 et 18 mois. Quoique cette augmentation de la dépense énergétique ne se soit pas traduite par une perte de poids plus importante à court terme (6 mois) par rapport au groupe témoin, à 18 mois, cette perte de poids est significativement plus marquée. Le programme d’activité physique d’intensité élevée a été introduit progressivement dans le groupe expérimental, ce qui peut expliquer en partie l’absence de différence significative sur la perte de poids à court terme entre les deux groupes. Les résultats d’une méta-analyse récente suggèrent d’ailleurs que l’ajout d’activités physiques à un programme comportemental de perte de poids entraîne à court terme une perte significative de la masse grasse sans perte de poids supplémentaire 2. 
Quoique les auteurs concluent à l’efficacité d’une dépense énergétique de 2500 kcal par semaine pour le maintien du poids à 18 mois, le gain de poids entre 12 et 18 mois est cependant le même dans les deux groupes. Les auteurs ne donnent d’ailleurs aucune explication sur le fait que les patients du groupe expérimental reprennent du poids alors que, selon les questionnaires autoadministrés, ces derniers ne rapportent aucune modification de leur apport calorique ni de leur dépense énergétique. Comme le suggère la documentation médicale 3, la collecte des données à l’aide de questionnaires autoadministrés est vraisemblablement moins valide que des mesures plus objectives et elle peut en partie expliquer ces discordances.
Cette étude nous laisse sur notre faim... Il est raisonnable de conclure qu’un programme d’activité physique avec dépense énergétique élevée favorise davantage la perte de poids à moyen terme et son maintien chez les patients obèses qu’un programme standard. D’autres études de meilleure qualité méthodologique sont nécessaires afin de préciser le niveau optimal (durée, fréquence, intensité) d’activité physique. 

Références

  1. Wing RR, Hill JO. Successful weight-loss maintenance. Ann Rev Nutr, 2001 ; 21 : 323-41.
  2. Ballor DL, Poehlman ET. Exercice- training enhances fat free mass preservation during diet-induced weight loss : A meta-analytical finding. Int J Obes Relat Metab Disord, 1994 ; 18-35-40.
  3. Anderson JW, Konz EC, Frederich RC, Wood CL. Long-term weight-loss maintenance : A meta-analysis of US studies. Am J Clin Nutr, 2001 ; 74 : 579-84.

 

TIRÉ DE L'ACTUALITÉ MÉDICALE / 21 janvier 2004